Que de cris de désespoir face aux tomates qui crèvent !

Cette année les jardins ne manquent pas d’eau, mais aussi créent notamment dans le Sud-Ouest de l’hexagone, des angoisses ulcéreuses à l’égard des jardiniers désemparés, désespérés, face à la posture morbide de leurs tomates.

En effet, du jour au lendemain, une peste s’abat sur les tomates luxuriantes qui portent de beaux fruits prêts à rougir entre deux rayons timides de soleil.
J’ai visité beaucoup de jardins du Sud au Nord, d’Est en Ouest, et c’est toujours le même constat, les pieds dessèchent sur place à une vitesse incroyable. Que faire ? Rétorquent certains. C’est une catastrophe ! Enchérissent d’autres. J’ai jamais vu ça ! Commentent des jardiniers amateurs. Pis, même des papinous pourtant émérites finissent en pleurs, s’avouant vaincus devant leurs tomates moribondes. Mais qu’elle est cette attaque ? Presqu’à l’unisson, on entend la réponse : Le Mildiou, tiens pardi !!!! C’est pas étonnant avec ce climat de m…., humide, orageux, chaud, un vrai sanctuaire pour les maladies cryptogamiques (produites par un champignon). Mieux vaut un temps à cèpe, qu’un temps à mildiou !!! S’énervent certains. D’aucuns précisent avec un ton ironique : même bleues de bouillie bordelaise, les tomates se laissent aller au marron !!!

Mais qu’en est-il vraiment, et comment tenter de stopper cette épidémie végétale ?

Tout d’abord le mildiou, ce coup-ci, a bon dos. C’est malheureusement plus compliqué, et c’est pour cela que la traditionnelle solution de cuivre qu’apporte l'incontournable bouillie bordelaise n’arrive pas à bout de cette peste. Ou précisément de ces pestes !
Car, en effet, la saison très humide mais surtout fraîche (souvent en dessous des températures normales de saison), favorise l’apparition de maladies rares de la tomate. Des maladies qui depuis plusieurs années restaient assez marginales, voire insignifiantes.
Certes le mildiou est bien présent, mais comme à l’accoutumée, il commence par les feuilles qui deviennent brunâtres avec un feutrage blanchâtre, abîme quelques fruits (toujours les moins vigoureux). Cette maladie peut faire du mal à la tomate, mais n’est pas responsable d’attaques aussi rapides et presque toujours fatales au pied entier. Non, pour cela la fusariose est de la partie, maladie vasculaire causée par Fusarium oxysporum (à mes souhaits !).
En fait il s’agit aussi de champignons telluriques, qui obstruant les parties vasculaires, font flétrir la plante jusqu’à sa mort. On reconnaît la fusariose lorsque sur la tige (ça commence très souvent par le bas de la tige) un léger trait jaunâtre longitudinal évolue assez vite en une nécrose marron clair. Les vaisseaux alors brunissent.

La prolifération de la fusariose est favorisée par un sol léger et acide, un manque d’azote et de lumière en intensité et en temps et des températures élevées (environ 28°). Vous devez vous dire : mais la dernière condition n'est pas réunie avec un début d’été digne d’un bon mois de novembre ! Pas si sûr, car c’est au mois de juin que nous avons eu un climat bouleversé, notamment dans le sud-ouest, par des températures souvent élevées, incitant les orages à verser régulièrement leurs moiteurs malsaines. La fusariose s’est développée dans le sol attendant l’occasion de faire ses ravages. Ensuite le manque de lumière, les températures plus fraîches de juillet, l’humidité constante des averses, ont permis une certaine prospérité pour ces champignons parasites. De plus, il semblerait que cette peste lance son dévolu sur des sujets qui ont eu un stress, notamment par un excès d’eau et des températures trop basses (tiens mais ça me rappelle le mois de juillet !), mais aussi des tailles.

Pour y remédier, mieux vaut ne pas avoir pincer les tomates (car plus il y a de jeunes pousses moins la fusariose vient à bout de la tomate), faire un apport d’azote (purin d’ortie en arrosage, fumier et paillage avec des lentilles d’eau), et chauler le sol pour faire monter le PH en le maintenant autour de 7.0. Ensuite butter les tomates afin que les parties non nécrosées puissent raciner et fortifier la plante. Eviter de trop arroser, ou alors toujours au pied de la tomate en évitant de toucher les parties végétales.

La méthode bio consiste à inoculer le Trichoderma (un autre champignon) qui s’avère être très efficace contre le fusarium mais aussi le botrytis (qui est aussi une autre peste sur la tomate). Tiens mais au fait, ce fameux Trichoderma prolifère dans les débris de bois, branchages (normal car c’est lui qui permet leur décomposition). Dès lors on peut tout naturellement pailler de brindilles de forêts les pieds de tomates, pas bête non !
Il se pourrait que la tomate subisse aussi des attaques de bactéries, décidément ! Le botrytis et le chancre noir seraient aussi de la partie, c’est fou !

Le prix de la tomate risque fort bien d’être élevé cette année, et l’orgueil du jardinier risque d’en prendre un sacré coup.

Les bouleversements climatiques ne font que commencer !!!!!

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